42 kilomètres, de Doussard à Annecy par les montagnes

SPORT  /  08/06/2018

C’est l’histoire d’une Parisienne qui voulait être traileuse… Ou peut-être est-ce l’histoire d’une fille née à la campagne mais qui aurait aimé naître à la montagne…

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Lassée du côté trop ritualisé et mesuré à mon goût des courses sur route, amatrice de randonnée, voilà un petit moment que le trail me faisait de l’œil, sans que je ne franchisse le pas de valider une inscription. Pourtant, avec quatre swimrun au compteur l’année dernière, dont deux en montagne – Gravity Race Annecy pour la deuxième année consécutive, et Engadin swimrun pour notre première expérience dans le circuit Ötillö (compte-rendu ici) – je ne me considère plus tout à fait comme novice en la matière.

Amoureuse de tout ce qui touche au lac d’Annecy et à ses environs, c’est tout naturellement que mon choix pour un premier pas dans le monde du trail en montagne s’est porté sur la Maxi Race à Annecy.
Plusieurs distances sont proposées pour cet événement, du 15 km au 116 km.
Au moment de s’inscrire, peu après notre voyage aux Cinque Terre en octobre dernier, Marie et moi avons hésité entre la Marathon Race (42 km avec 2700 m de dénivelé positif), ou la XL race (qui propose de boucler le parcours de la Maxi Race, soit 84 km et 5000 m de D+ en deux jours). La raison l’a emporté et nous avons opté pour la Marathon Race. Charles nous a rejoint pour faire la version Short Race (15 km), son premier trail également.

Le parcours de la Marathon Race, de Doussard à Annecy, propose une première montée après 3 km de plat, direction le Pas de l’Aulps via le col de la Forclaz puis un léger replat avant une remontée bien raide jusqu’au Roc Lancrenaz à plus de 1600 m d’altitude. S’en suit une longue descente d’abord assez raide jusqu’à Villard-Dessus puis un faux plat descendant jusqu’à Menthon-Saint-Bernard au 27ème kilomètre. La seconde partie remonte au Mont Baron à 1286 m, avant de descendre sur Annecy où se dresse la ligne d’arrivée.
Petit aperçu du parcours en images

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Comment préparer un trail en montagne lorsqu’on vit à Paris ?

Mal sans doute.
Oui, pour préparer des courses en montagne, rien ne vaut l’entrainement dans les montagnes. Mais lorsqu’on ne vit pas dans les montagnes, on s’adapte.
En troquant les séances le long du canal par des séances de côtes aux Buttes Chaumont..
En planifiant des sorties assez régulières aux 25 bosses en forêt de Fontainebleau…
En effectuant plusieurs week-ends dans la saison des déplacements dans des endroits plus vallonnés (en ce qui me concerne, les Cinque Terre en octobre, Lanzarote en février, Hyères en mars, Nice en avril).
Par ailleurs, les séances croisées et notamment les entrainements de vélo ne sont absolument pas en contradiction avec une préparation de trail, dans la mesure où ils permettent de se faire la caisse et du renforcement.

Vue sur le lac d’Annecy depuis le Mont Baron

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La Marathon Race le 27 mai 2018.

C’est avant 7h que nous arrivons à Doussard ce matin-là. Marie porte le dossard 3745 et moi le 4557, ce qui signifie que nous ne sommes pas affectées au même sas de départ. Elle partira dans le deuxième sas et moi dans le dernier. Les départs sont échelonnés en fonction de la cote ITRA des coureurs.
Car oui, se mettre au trail, c’est découvrir tout un nouveau monde et enrichir son vocabulaire. La cote ITRA est en résumé un classement mondial des traileurs, dont les performances sont mesurées en points, à condition d’avoir participé à des trails “à points”. Tous en effet ne rapportent pas des points, et vraisemblablement certains organisateurs préfèrent ne pas adhérer à ce système. Ainsi Kilian Jornet est aujourd’hui coté à 926 points. Si ma cote est de 460 points, on peut supposer qu’il avance donc deux fois plus vite que moi. Il y a très certainement un paramètre de distance et de dénivelé qui entre en compte dans tout cela, mais je ne le maitrise pas encore l’outil dans le détail.

L’inconvénient de partir dans le dernier sas c’est que, dès la première côte, tu découvres ce que signifie partir dans le dernier sas. Tu as beau essayer de tout donner sur les trois premiers kilomètres de plat, de doubler 250 personnes à 12 km/h (partant pour 42 km, impossible de tout donner dès l’entrée en matière), il reste encore 1500 personnes devant toi. Et 1500 personnes dans un single (une monotrace) de 8 km en sous-bois à 10 % de pente moyenne… ça crée des embouteillages. Alors tu t’occupes pendant lesdits embouteillages. De longues minutes à l’arrêt complet. Tu papotes avec tes congénères, certains originaires du Nord, d’autres de la montagne, certains n’en sont pas à leur première Maxi Race (mais alors, que font-ils dans ce sas ?). Pour peu que tu l’aies anticipé, tu peux même en profiter pour prendre ton petit déjeuner.

L’avantage de partir dans le dernier sas, c’est que dès que la route (abus de langage) s’élargit à peine, tu doubles. Tu doubles encore et encore, te faufilant à gauche, à droite, évitant les bâtons des autres, tout cela avec une grande courtoisie, avec le sourire, avec un mot gentil. Rien à voir avec l’ambiance d’un triathlon ou d’une course sur route. Tu doubles, même en descente, alors que tu es nulle en descente, parfois tu as même l’impression d’être un vrai chamois.

A Menthon, au pied de la première bosse, c’est le ravitaillement solide de notre distance. Je mange ma purée de patate douce, passe aux toilettes (oui, oui, c’est une course nature mais on y trouve même des toilettes, et même du papier, qui l’eût cru ?). Avant de partir en direction du Mont Baron, je croise Marc, du club, pour la troisième fois, qui m’encourage à fond. “Dans la montée, tu y vas à ton rythme, tu n’essaies pas de forcer la cadence, et tu les auras au train, un par un.” VRAI ! Je passe mon temps à doubler dans la montée. Un coureur se cale dans ma trace toute la montée, et nous gagnons environ 250 places rien que sur cette portion (j’en reperdrai la moitié dans la dernière descente, on ne se refait pas). C’est excellent pour le mental.

A 2 km de l’arrivée environ, Charles a terminé brillamment la Short Race, et a eu le courage de remonter pour m’encourager. Cela ne me fait pas galoper plus vite, mais me fait néanmoins très plaisir ! Il m’accompagne jusqu’à la ligne, ou presque. “Il te reste 100 m et c’est fini”. Je double une autre fille juste avant la ligne, vraiment pas fair-play.

C’est avec le même sourire que pendant toute la course que je passe la ligne d’arrivée. Une journée de pur bonheur, sans interrogations ni doutes, sans stress de ne pas en terminer, sans regarder le chrono, à profiter du beau temps, des paysages sublimes, et des vues sur le lac, à partager avec des amis comme avec des inconnus. Depuis, je cherche quels objectifs me fixer en trail l’année prochaine. C’était un week-end riche en émotions, avec des amis, dans ma ville de cœur, au milieu de paysages magnifiques, et sous le soleil.
Le trail, c’est addictif.

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J’ai écrit ces quelques lignes dans le train pour Annecy, deux semaines après la Maxi Race, en route pour encourager Tristan, Jean-Brice et Fabrice sur l’Alpsman. Une autre paire de manches et une première expérience en tant qu’accompagnatrice et supportrice. Les trois sont arrivés au bout de leur objectif fou de terminer leur triathlon en haut du Semnoz. Enorme !

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